Initiatives. Comment choisir?

Comment est-il possible de choisir entre les termes d’une alternative si, chacune des possibilités, recèle une obscurité qui ne peut être dissipée que par le spécialiste ou l’expert ? Prenons le cas de l’initiative sur la monnaie pleine : comment pouvons-nous choisir de voter pour ou contre si les moyens de faire un choix juste repose largement sur des connaissances propres à un domaine spécifique ? S’il est juste de dire que l’on doit être informé pour pouvoir juger, mais si l’information, par sa spécificité n’est acquise que par très peu de personne, alors que vaut en définitive le recours à la population qui se veut péremptoire ? Pourquoi donner à cette dernière le choix décisif alors que la justesse du choix est dépendante d’information qu’elle peut ne pas avoir ou qu’elle n’a que de façon approximative ? Concrètement, qu’ont-ils, ceux qui se sentent dépassé par le débat, pour pouvoir comprendre l’enjeu de cette initiative? Des simplifications et des exposées vulgarisés de la part de chacune des parties opposées sur la question. Dans le cas de la monnaie pleine, c’est d’expertises essentiellement économiques dont nous bénéficions.

Toutefois, celui qui ne peut comprendre les débats dans ses profondeurs, ne peut que se laisser séduire par une rhétorique plus ou moins simplificatrice et séduisante. C’est un peu comme si, n’ayant pas les moyens de vérifier si l’héliocentrisme ou le géocentrisme est vrai, ni de comprendre les raisonnements mathématiques et astronomiques qui les sous-tendent, un individu se verrait contraint de choisir selon des critères esthétiques ou selon la verve propre de l’orateur. Si, individuellement, il n’est pas possible de vérifier et de comprendre authentiquement et réellement l’alternative d’un débat ; alors, fatalement on doit choisir selon notre peur, nos espoirs, notre goût.

Aussi, dans l’ensemble de la population, les différents critères d’élection et de choix oscilleront entre le subjectivisme le plus totale ou l’objectivité la plus vraie. La question est abyssale et dangereuse ; car, si l’on croit que seul les spécialistes peuvent comprendre la question et devrait, dès lors, se voir octroyer la puissance politique de choisir pour tous, on sera qualifié d’élitiste anti-démocratique. Mais, à l’inverse, si l’on tient à ce que tous puissent voter alors que l’on sait que les connaissances pertinentes et décisives pour choisir sont trop spécifiques à un domaine, et que l’on doit ainsi se rabattre sur des choix « rhétoriques », alors on sera accusé de mépriser la relation qui doit exister entre la vérité et les lois, entre les connaissances et l’établissement de celles-ci.

Ainsi, il y a un grand aléatoire lorsque l’on convoque sur une question précise l’opinion de toute la population ; on ne saura jamais quelle part le résultat doit aux connaissances, au goût et aux séductions rhétoriques. Ce constat ne sert donc personne en particulier, mais ne fait que révéler en le mettant en évidence un état de fait quelque peu fataliste que nous pouvons formaliser comme suit : tout choix, qui recours à l’avis d’un grand nombre, recèle intrinsèquement et de facto un tout aussi grand nombre d’incertitudes quant à sa nature, son origine et sa validité.

A. Oncqueman

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