La valeurs des besoins

Qu’est-ce que la valeur d’une activité ? Qu’est-ce qui fait qu’une activité est dotée d’une certaine valeur à la fois morale et monétaire ? Il n’est pas aisé de répondre a priori. Tout ce que l’on sait et que l’on peut dire intuitivement est que certaines activités sont valorisées alors que d’autres ne le sont pas, et que le critère de distinction doit probablement être cherché du côté du produit de l’activité (on exclut alors les activités qui « ne donnent rien » rien comme les divertissement ou l’oisiveté). Mais dans la somme totale de ce qui peut être produit par l’homme, il est difficile de savoir ce qui est digne d’être valorisé de ce qui ne l’est pas !

Très vite, on aura recours à la notion de besoin : a de la valeur ce qui satisfait un besoin. Mais le problème de cette façon de penser en termes de besoins (qui est très largement répandue) est qu’elle laisse souvent de côté la qualité propre du besoin satisfait : pour elle, il n’y a pas de distinction axiologique entre les besoins essentiels et les besoins éphémères. Mais il y a pire encore: plus le besoin est nouveau et éphémère[1], plus il aura de valeur. Celui qui fournit un tout nouveau smartphone ou une nouvelle télé 4k incurvée sera davantage valorisé que l’agriculteur suisse (qui remplit un besoin essentiel) ou qu’un quelconque poète/écrivain régional (qui remplit de « douteux » besoins spirituels).
La valeur octroyée n’est pas simplement monétaire, mais morale : on estimera plus celui qui satisfait le plus superficiel besoin que celui qui nous donne à manger ; on dira qu’il a réussi avec tout le vague que cette formule contient. Toutefois, la valeur morale attribuée, ici, n’a rien à voir avec la moralité intrinsèque du besoin: si des hommes se mettent à désirer quelque chose de néfaste pour l’humanité ou pour eux-mêmes, et si quelqu’un vient et leur donne ce qu’ils désirent, il sera gratifié, estimé et valorisé.
La conclusion est assez pessimiste : la valeur morale et monétaire d’une activité et de la personne qui l’exerce dépend de l’importance et l’extension du besoin et de sa nouveauté. Mais ne devrait-il pas en aller autrement, exactement à l’inverse de cette tendance ? La moralité d’une activité ne devrait-elle pas conditionner sa rémunération? Avant de satisfaire une pulsion, un besoin de devrait-on pas s’interroger à son propos et l’évaluer, lui, et non la perfection de sa satisfaction ? C’est en définitif une question d’introspection morale et de philosophie au sens large, que soit l’individu peut se poser à lui-même, soit la société à elle-même et dans son ensemble.

M. Morend

[1] Voir Bernard Williams, Internal and external reasons : Les désirs et les besoins peuvent être crées, et ne sont pas réductibles aux trois besoins classiques définis déjà par Platon (abri, habits, nourriture ou les trois métiers respectifs : bâtisseur, cordonnier, agriculteur). Les économistes utilisent l’expression « éduquer le marché » pour décrire cette capacité à faire naître des besoins.

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