Eduquons nos politiciens

Les récents événements politiques doivent nous inviter à une réflexion sur le sens même de la politique suisse. Suite aux supposés cadeaux perçus par Pierre Maudet, et au refus ostentatoire teinté de mea culpa de Philippe Nantermod face à l’offre du Groupe Mutuel, nous avons eu de quoi confirmer le préjugé à l’encontre des politiciens selon lequel ils ne servent pas le bien commun, mais le leur et celui des intérêts privés (entreprises, assurances…). Bien que la confiance dans la politique actuelle se réduise comme peau de chagrin, on refuse, ce qui devrait pourtant être notre priorité, de s’interroger sur ce que devrait être un politicien digne de ce nom. On en vient presque à comprendre ces écarts de par le manque total d’un idéal politique fort.

Si l’on va chercher chez les philosophes une définition qui puisse nous servir de guide, on sera étonné jusqu’à en rire du décalage entre la politique moderne et, par exemple, l’idéal politique de l’Antiquité : à cette époque, le politicien est la forme d’existence la plus noble, la plus élevée. Pourquoi donc ? Parce qu’il a la responsabilité de légiférer afin de rendre meilleure la population, de la pousser à la vertu par l’habitude forgée par les lois. Par conséquent, il se doit avant tout d’être un exemple inspirant, un modèle pour l’action. Mais cet idéal semble devenu une antiquité… Il ne répond pas à la « réalité de la politique actuelle » qui est avant tout une régulation des intérêts privés par l’intermédiaire de la classe des politiciens. Les intérêts économiques priment sur toute tentative de rendre substantielle la politique en l’investissant d’idéaux qui lui soit propres. Tout est fait pour qu’elle conserve cette position de servante, pour qu’elle ne songe jamais à son autonomie, à la puissance qui pourrait être la sienne une fois devenue vertueuse.

Le politicien idéal est donc strictement l’inverse de ce qu’il paraît être aujourd’hui : que ce soit l’ivresse outrée de Céline Amaudruz, la passion supposée des cadeaux de Pierre Maudet ou la douce compromission de Philippe Nantermod[1], nous n’avons que rarement ne serait-ce que l’approximation du politicien au sens philosophique du terme[2]. Ils devraient en être honteux, mais ne le sont pas puisqu’ils sont les premiers à avoir perdu toute boussole morale, toute norme qui pourrait constituer une déontologie proprement politique. Nous n’avons plus d’idéal, donc, plus d’exigences en ce qui concerne le rôle exact du politicien. C’est à cause de notre passivité qu’ils finissent naturellement par se corrompre, par dévier du chemin que devrait leur imposer leur fonction. Face à ce constat, il faudrait peut-être reprendre les choses à l’envers et commencer par légiférer sévèrement et démocratiquement le comportement des politiciens pour espérer d’eux qu’ils finissent par incarner ce qu’ils sont, et qu’ils cessent de considérer leur fonction comme un avantage personnel plutôt qu’un devoir à la collectivité.

Arnaud Oncqueman

[1] Son indépendance « rémunérée » de pensée est un excellent exemple de cette nonchalance politique qui n’arrive même plus à voir les conflits d’intérêt, si grands soient-ils. Ces trois exemples ne font pas une liste exhaustive, on aurait pu sans difficulté la rallonger.

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