Le Temps: la publicité faite journalisme

La publicité ne supporte plus de rester à sa place. Elle en a assez qu’on la montre pour ce qu’elle est: vulgaire, facilement identifiable, enlaidissante. Sa fonction de parasitage n’a jusqu’à maintenant rien épargné, on la trouve, littéralement, partout. Mais cela ne lui suffit plus. Être partout une vile et vilaine sangsue, aussi obscène que banale, ne peut plus durer. Il faut qu’elle mue, qu’elle change de visage; il lui faut devenir anonyme. Comment? Simplement en prenant le visage du parasité (ici, un journal) exactement comme dans le film de Carpenter The Thing. Si elle parvient à devenir ce qu’elle parasite, elle sera devenue en quelque sorte un absolu: sa place n’est plus dans les à-côtés des encadrés, mais dans les articles eux-mêmes. Cette nouvelle forme de parasitage ne s’explique plus par le modèle de la sangsue mais par celui de la tumeur. Certains journaux, à l’instar du Temps, ne sont plus exsangues, mais cancéreux. Voulez-vous un exemple? Cliquez ici: https://www.letemps.ch/economie/silence-dargent-parole-dor. Cet article est rédigé par le porte-parole d’UBS (ce qui en dit long) et est publié non en tant que publicité, mais en tant qu’article, c’est-à-dire en tant qu’information. Jugez-par vous-même de la manœuvre[1]. Pour poursuivre avec notre métaphore nosologique: tout nous apparait comme si le Temps n’avait plus la force ni le courage de lutter (encore qu’il a plutôt l’air de s’être résolu à aimer la maladie; sans doute a-t’il atteint le stade d’acceptation). La publicité se reproduit avec les forces mêmes du journal et se pose en tant que contenu, en tant qu’article parmi d’autre articles. Lorsqu’un journal parvient à ce stade terminal; la pâle ligne éditoriale ne peut plus rien; elle sera réécrite, réinterprétée de sorte à faciliter la fusion définitive journal-publicité. Les journaux les plus courageux, dont la volonté humble est simplement de rester des journaux, méprisent la publicité et la rejettent. Lorsque qu’il n’est plus possible de le faire (pour des raisons toujours économiques), on se sert la ceinture et l’on abdique avec fierté: ici et là, paraitront quelques encadrés. Mais les choses sentent déjà le roussi. Ils sont assiégés. Les réserves suffiront-elles? Rarement malheureusement. Vient le moment où l’on doit choisir: mourir d’un coup ou agoniser. Le Temps a choisit l’agonie heureuse. Il ne faudra pas s’étonner que cette stratégie produise de plus en plus de méfiance à son égard, méfiance qui finira probablement par le détruire complétement (du moins sa crédibilité, et non son existence factuelle et financière). Ce dont on a urgemment besoin, c’est d’un journalisme sain que l’on peut croire et que l’on admire même pour ses vertus héroïques, pour sa bonne santé.

Adrien Adephos

[1] Le Temps affirme que le contenu est certifié sans publicité. Mais c’est là le mensonge le plus grossier; il y a non seulement des liens vers le site d’UBS ainsi qu’une promotion de UBS Family Banking.

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