« Pourquoi mon voeu de silence ». Pièce argumentative

La langue est le premier lieu de notre obéissance, elle est une artithmétique non chiffrée d’une mémoire, d’une civilisation, d’un art de vivre, d’une transmission – la première condition de notre possibilité de désobéissance.

Dufourmantelle, Éloge du risque

Introduction

J’écris ces lignes à mon cinquième jour de silence sur sept. Je conçois ce vœu de silence d’une semaine comme une action poétique, en tant que celle-ci renferme notamment une dimension politique et éthique. La question me revenait souvent de connaître la raison de ce vœu. Il est paradoxal d’user de la langue pour  argumenter contre cette même langue. Mais il faut préciser que mon vœu concerne uniquement la parole orale et pas le texte écrit. Ce compromis me permet de rester en communauté, et d’assurer une sorte de visibilisation et une dimension « publique » à ma démarche. J’approuve les personnes qui se retirent des mondanités pour pratiquer le silence : la pertinence, la cohérence – surtout du point de vue spirituel – n’en est que mieux assurée. Cependant mon silence n’est pas uniquement une réponse à un appel intérieur, il est une performance d’inspiration situationniste qui vient répondre à une interpellation extérieure qui concerne l’usage de la parole dans les jeux de langage de la vie quotidienne. À cet effarement que suscite en moi la manière dont les conversations « banales » sont problématiquement vectrices de normes, ma réponse ne pouvait pas prendre la forme d’un retrait des interactions, mais au contraire d’une introjection d’un ethos silencieux dans le bruit des bavardages et ce dans une visée d’ « art social » ou d’ « art comportemental ».

Il m’est important d’écrire, car je ne pouvais pas anticiper les effets psycho-sociaux de cette action poétique – ni sur moi ni sur les autres – avant de la pratiquer : je les constate et les comprends au fur et à mesure de mes interactions. Je découvre ma responsabilité artistique au travers des réactions que mon geste déclenche et tente de m’y ajuster, en esprit mais surtout en actes.

Ce n’est pas une raison mais plutôt un faisceau de raisons qui m’ont amené à pratiquer ce geste. J’avais trouvé autrefois l’occasion de faire un vœu de silence de 48h pour la grève des femmes de juin 2019. Dans ce dernier cas, la raison était plus intelligible et « socialement acceptable » : je me privais volontairement d’une parole qu’un conditionnement socio-anthropologique m’avait accordée en plus grande quantité et qualité, sensiblement plus qu’aux personnes socialisée comme « femmes ».  Au débats un peu vains sur la place ou non des « hommes » dans cette manifestation, je répondais par une action singulière dont la portée se voulait universelle et invitais les autres « hommes » à en faire une action collective.

Le lien entre démarche privée et action publique pour mon second vœu de silence – du mercredi 2 octobre 2019 au mardi 8 octobre inclus – existe toujours, mais ne se raccroche pas à un évènement collectif ponctuel comme prétexte pour s’exprimer. Ce vœu serait plutôt ici une réaction aux modes d’agir et de penser généralisés que la structure socio-économique actuelle favorise et qui suscitent en moi une forte volonté de positionnement. Ce vœu est l’une des expressions d’une crise existentielle multistratique que je connais en ce moment, par rapport à laquelle il se place comme agent sublimateur et thérapeutique. Le faisceau de raisons pourrait se regrouper en plusieurs catégories : raisons internes ou externes, positives ou négatives. Il est clair que cette action ne se peut ni veut laisser enfermer dans une description précise, puisqu’il s’agit par elle de faire advenir de l’évènement, par essence imprévisible et impossible à circonscrire conceptuellement. Il ne s’agit pas de savoir si cette performance est d’ordre artistique, éthique, politique, thérapeutique, ludique ou mystique, mais plutôt de relever la compossibilité des différents registres qu’elle recoupe et superpose en elle et par elle. Bien qu’une « définition définitive » n’est pas souhaitable ni possible, il m’apparaît qu’un effort pour caractériser les différents aspects de cette action sera salutaire et utile, pour moi en tout cas et peut-être aussi pour mon entourage.

Se débarrasser de l’inessentiel

Négativement, ce mutisme volontaire remplit une fonction analogue à un jeûne alimentaire. J’ai constaté que les bavardages, s’ils ont la vertu d’apaiser l’angoisse des êtres humains en s’assurant entre eux qu’ils sont des êtres parlants, prennent énormément d’énergie psychique et même corporelle. J’ai personnellement longtemps souffert de ce que Baudelaire appelait le « syndrome du haschichin », suivant lequel le simple fait d’imaginer un projet procure déjà la satisfaction qu’on aurait eue à le réaliser. En terme de pragmatique du langage quotidien, le temps et l’énergie qu’on met à parler de nos projets futurs sont exactement le temps et l’énergie qu’on ne met pas à les réaliser. L’omission radicale de la parole vient retirer le risque de tourner à vide dans des bavardages qui diminuent notre puissance d’agir plutôt que de l’augmenter. Mon silence se veut un palliatif plus ou moins efficace à la structure procrastinatrice du verbiage prospectif. Il écarte le dire pour laisser toute la place au faire.

Un deuxième aspect de ma soustraction à l’oralité concerne plus franchement la lutte contre le mécanisme de capitalisation linguistique. À l’ère du psycho-pouvoir et du neuro-pouvoir, il ne faut pas beaucoup de perspicacité pour déceler que la manière dont les individus parlent des choses et surtout d’eux-même reflète une intériorisation de normes par lesquelles ils alignent leur désir sur le désir de création de plus-value économique. Le « personal branding on the internet » est un exemple frappant de la manière dont les acteurs sociaux ont absorbé la « nécessité » de valoriser leur capitaux social, symbolique, culturel et économique. Le plus souvent, les trois premiers sont mis en avant dans une finalité non avouée ou inconsciente de les convertir en le dernier. Je sais bien que je m’aventure dans le terrain de la critique sociale et que ce genre d’analyse requerrait une prudence épistémologique pour atteindre à une certaine validité argumentative. Le point est ici que j’exprime le résultat d’une synthèse perceptivo-intuitive basée sur une valorisation politique de mes affects, bien plus qu’une articulation d’une hypothèse soumise aux règles de bienséance scientifique de réfutabilité et falsifiabilité.

Je me tiens sur la crête entre poésie et philosophie pour tenir un discours par lequel, consciemment, je ne sacrifie pas à mon affect, précisément parce que celui-ci m’invite à me positionner un brin radicalement et me montre que la posture de précaution intellectuelle serait une forme molle de complicité politique avec une structure de domination productrice d’aliénation. C’est en vertu de ce schème que je me permets une socio-psychanalyse des jeux de langage par laquelle je décèle – arbitrairement ou pertinemment qu’importe –  une auto-capitalisation des individus par eux-même pour se rendre compétitifs sur le marché et s’auto-aliéner ainsi en se prêtant à la dynamique de la concurrence généralisée et euphémisée sous un disours-écran de care, de soin, de bien-être et de réalisation personnelle. Mon silence me rend d’autant plus sensibles les normes qui se déploient performanciellement dans le langage quotidien, par lesquelles les individus déguisent leur survie à mort en vie digne. Il est évident que ma performance ne m’extrait pas de cette logique d’autovaluation, et ce en vertu de la capacité qu’a le phénomène capitaliste de résorber toute forme de subversivité pour la transmuter en facteur pro-néolibéral. On dira volontiers – on me l’a fait sentir d’ailleurs – que je fais l’original, que je mets mon égo en avant, que je construit une mythologie personnelle, un CV d’artiste, qui ne manquera pas un jour de se muer en avantage socio-économique sur le marché. Mais quid si je vais au bout de la logique du refus de parvenir ?

Comme pour durant la grève des femmes, ce vœu de silence est encore une manière de conscientiser les privilèges linguistiques et plus généralement sociaux qui m’ont été accordés du simple fait du sexisme structurel qui régit l’organisation sociale de notre présente modernité occidentale. C’est une délectation pour moi de « manquer à ce rôle » de pouvoir inconsciemment préattribué. Il m’est arrivé de « discuter » silencieusement avec des personnes socialisées comme femmes, et que la situation ainsi créée « révèle » à mon interlocutrice un réflexe social inconscient – culturellement ancré – de chercher une approbation ou une validation par la parole d’un homme. C’est un délice pour moi de favoriser une situation dans laquelle une personne prend conscience et est encouragée à performer par elle-même ce que j’appellerais sa majorité linguistique – c’est-à-dire l’autonomie dans la prise de parole.

Mon plaisir ne vient pas du fait que je me gausse égoïquement de mon rôle causal dans l’émancipation des « femmes » à un niveau micro-politique, mais plutôt de constater une augmentation de puissance d’agir en acte, en train de se faire. Ce n’est pas une intention ou un commandement de ma part de libérer d’autres personnes, mais je suis heureux – par empathie – que des personnes puissent faire de ces interactions inhabituelles avec mon moi mutique une occasion librement saisie de dépassement d’une condition aliénée. Le plaisir n’est pas moins grand quand les situations que je déclenche entraînent certains « hommes » à réaliser le trop plein de place – sonore, spatiale, mentale – qu’ils prennent en société. Bien que le plaisir n’est pas une finalité en soi dans ma démarche, il en est un agrément bienvenu et donne une dimension ludique savoureuse à ma pratique interactionnelle.

À un niveau plus métaphysique et existentiel, il s’agit par cette action de favoriser le vécu de la durée pure – pur changement de l’être, fluctuation continue, devenir en acte – en se prémunissant contre les mots qui sont des freins, des stabilisateurs de ce changement perpétuel du vécu de la conscience. Les mots et les concepts sont utiles pour l’action, ils permettent de catégoriser les données de la conscience à des fins pragmatique. Mais pour ce qui est de la conscience d’un point de vue contemplatif, les mots se révèlent être un obstacle bien plus qu’un facilitateur, car ils donnent une impression de stabilité là où tout n’est que progrès – au sens non hiérarchique du terme. De la même manière que la sagesse bouddhiste pratique le « ni… ni… », ou que la théologie dite négative soutient qu’on ne peut rien affirmer de Dieu car Iel serait toujours plus que tout ce qu’on peut en dire, mon vœu de silence se présente comme une sorte d’anthropopraxie apophatique, par laquelle je me refuse à toute volonté d’auto-définition langagière. Mon silence performé socialement soutient une volonté d’esquiver le piège des catégorisations linguistiques qui nous éloignent de la radicale néogénéité de l’instant présent.

C’est un peu timidement, voire impudiquement, que je souligne la dimension mystique de ce geste, qui s’il devait en comporter une, se tiendrait précisément dans une pratique spirituelle par laquelle je tente de favoriser la présence en limitant l’emprise de la représentation. La dialectique de la présence et de la représentation n’est évidemment pas épuisée dans mon acte, car si je freine le langage verbal, je laisse se déployer de manière hypertrophique les langages écrit, corporel, imagé et perfomanciel, qui sont tout empreints de représentativité, quoique sur un autre mode.

Viser l’essentiel

Le précédent paragraphe laisse entrevoir les aspects positifs de ce vœu de silence. Le pendant positif de l’éloignement du piège du langage est une exaltation de la vertu spirituelle du silence. Pour l’avoir expérimenté ne fut-ce que deux puis sept jours, je ne peux que confirmer qu’il m’a fait ressentir une sorte de défragmentation intérieure, de réactualisation mentale, d’un retour marqué au corps et à la sensation. Si j’étais moins kuniste et plus new-age, j’emploierais volontiers les termes de « purification » ou de « expansion ou intensification du champ de conscience » ou « intensification vibratoire » mais je sens que je vais immédiatement mettre fin à ce paragraphe, car il me donne l’impression de reproduire, par écrit, l’effraction – celle-là même que je cherche à éviter par oral – à l’adage du Sage de Vienne : « sur ce dont on ne peut parler, il faut garder le silence ».

Plus partageable est la valeur positive de l’exploration en acte des langages non verbaux. Comme je m’autorise encore le langage écrit, j’avais dans l’idée que ce vœu de silence allait lever mes schémas procrastinateurs et me faire écrire des essais philosophiques, des nouvelles satiriques ou des romans polar-métaphysiques. J’entr’apercevais que ça n’allait pas être mécanique, mais le simple fait d’écrire ce présent essai me procure une certaine satisfaction concernant le sentiment de dépasser la morne procrastinatrice.

Concernant le domaine extralinguistique, le fait de ne pas parler met une emphase forte sur la perfomancialité corporelle, sur l’habitus et sur les expressions faciales. Il est important de distinguer entre performancialité et performativité. La performativité désigne les actes de langage par lesquels le simple fait d’énonciation fait exister la chose énoncée. « Vous êtes en état d’arrestation », « je vous déclare mari et femme », « je te pardonne » sont des phrases performatives, car le fait de les énoncer suffit à amener à l’existence le fait qu’elles énoncent. La performancialité quant à elle désigne un mode opératoire artistique qu’un.e historien.ne de l’art mieux avisé.e que moi aurait sans doute beaucoup de plaisir à en décrire la genèse comme type explicite d’art né au cours du 20e siècle. En somme, « performance » est donc une catégorie artistique (je laisse de côté la dimension athlétique ou sportive), le mot étant maintenant familier du grand public, sans que le concept le soit forcément, tandis que « performatif » caractérise un certain effet du langage.

Il y a évidemment un lien possible et largement actualisé entre ces deux registres partageant la même étymologie, surtout depuis que des penseur.es ont insisté sur le fait que la performativité ne concerne pas que les actes de langage mais les actes en général. Si « dire c’est faire », il faut souligner aussi que « faire c’est dire ». De cette manière nous pouvons concevoir que l’action corporelle a une valeur communicationnelle et pourrait être associée à une proposition. C’est ainsi, après avoir bien distingué les concepts, que nous pouvons envisager la performativité d’une performance, ainsi que la performancialité d’un acte – verbal ou non – performatif. Le genre par exemple n’est pas une chose mais une micro-performance quotidienne – maquillage, habillement, gestualité – par laquelle un effet de sens – et un effet de pouvoir – est produit.

Mon vœu de silence est une tentative de sortie du verbo-centrisme, il insiste sur la dotation de sens par les micro-actions de la vie quotidienne et ce d’un point de vue pan-performancialiste. Je réfute la distinction entre artistes et non-artistes : toute action individuelle suppose un sens artistique, même « brut ». Je rejoins la pratique kuniste par laquelle un Diogène – figure structurante pour moi en ce moment – employait le geste plutôt que le discours comme mode d’argumentation philosophique, au service d’une quête éthique de vie vertueuse.

D’un point de vue plus prosaïque, l’absence de parole à une valeur pragmatique immense : je distingue immédiatement entre ce qui est essentiel et ce qui ne l’est pas. Comme écrire sur un calepin est fastidieux, je suis amené à n’agir et interagir que quand une nécessité le commande. Ce n’est pas que du point de vue spirituel que le silence opère ses vertus, mais aussi au niveau des interactions sociales, des pratiques intramondaines et des échanges psycho-affectifs. La vitesse et l’efficacité communicationnelle d’un regard, d’une expression ou d’un geste pantomimique se déploient avec force et dans leur fulgurante efficacité. La langue se révèle en négatif comme pharmakon – à la fois remède et poison. Dans certains cas ponctuels, mon silence me frustre dans ma volonté de fournir une information complexe, un sentiment subtil ou un raisonnement abstrait, la langue me manque comme une technique bénéfique. Mais plus généralement, je ressens que la langue freine la fluidité socio-affective, fait obstacle, crée des incompréhensions, crée de fausses frontières, elle se pose comme un encombrement toxique. Lever l’exigence de « mettre en mots » ouvre à une relationnalité plus simple, plus honnête, moins empreinte de stéréotypes.

Intérêt pour la science

Enfin je dirais qu’un psycho-sociologue en mon for intérieur ne peut manquer d’observer et de typologiser les réactions des personnes qui interagissent avec moi durant mon vœu de silence, la manière dont elle parlent et agissent. Il y a un effet miroir important. Beaucoup se taisent par réflexe ou parlent plus bas. Certain.es, interagissent avec moi en pensant que je suis sourd, et me parlent avec de grands gestes et en ouvrant fort la bouche. Parfois, même si je leur fais savoir que j’entends bien, le réflexe de me parler comme à un sourd demeure. Certaines personnes – à qui j’attribue une certaine maturité – intègrent rapidement ma démarche, s’en amusent et prennent le pli.

Je pense qu’il serait possible de sentir à quel point le verbo-centrisme a pénétré le mode d’individuation psychique d’une personne à la manière dont elle réagit à ma performance dans les échanges de la vie ordinaire. Je sens dans le regard de certain.es un ajustement rapide à la dimension non-verbale que je suscite, tandis que d’autres semblent visiblement désorientés. Il est frappant que beaucoup de personnes – même parmi mes proches – prennent congé de moi rapidement ou me donnent rendez-vous à quand je parlerai de nouveau, comme si l’échange verbal était le seul mode de lien social possible. Ces données m’offrent un indice de la prégnance anthropologique de la langue, en tant que celle-ci surdétermine manifestement les catégories de perceptions et d’interactions sociales. L’analyse scientifique des effets psycho-sociaux d’un vœu de silence performanciel mériterait amplement un approfondissement.

Éthique relationnelle

Les personnes qui acceptent de me fréquenter plus longuement sont notamment un voyageur espagnol que j’héberge par hasard et qui me semble porté sur la pratique spirituelle. Nous avons des repas silencieux et nous échangeons des regards souriant. Nous lisons et écrivons l’un à proximité de l’autre. Il me parle peu. J’ai également vécu une rencontre amoureuse-amicale et érotico-sexuelle avec une nouvelle amie : cette relation naissante me semble teintée d’une grande estime réciproque, de camaraderie anarchisante et de réflexivité émotionnelle. Les corps et les émotions sont toujours en avance du discours qu’on produit à leur propos. Ma recherche éthique se traduit dans une quête de justesse quant à ma manière de me positionner avec d’autres personnes, entre idéal d’autonomie affective, respect de la liberté d’autrui, besoin d’intimité et responsabilité émotionnelle. Il est remarquable que mon vœu de silence, qui peut paraître une posture de distanciation, contribue autant à créer des situations d’attachement, d’amitié et d’affection. J’infléchis par ce choix ma place dynamique au sein d’une communauté.

Une autre réaction notable à mon vœu de silence est celle de jalousie ou d’envie – réaction qui dénote selon moi que la mythopraxie égoïque, à savoir la construction d’une légende personnelle – n’est pas un cas particulier mais plutôt un schème répandu du processus individuation psychique. Je sens bien que mon désir de mutisme performanciel n’a rien d’idiosyncrasique mais est socialement conditionné, et a été envisagé par beaucoup de monde. Je réveille des désirs d’affirmation de soi et cela me ravit. Si mon action peut inspirer certaines personnes à « se radicaliser » artistiquement, situationnistement, éthiquement et cosmiquement, j’en suis très heureux. Mon but n’est pas de me distinguer des autres ou de revendiquer une supériorité morale ou artistique, mais de joindre mon positionnement individuel à une préoccupation pour la communauté. L’analyse des enjeux éthiques que déclenchent un vœu de silence mériterait un article bien plus étayé mais je m’en tiendrai à ces quelques indications.

Conclusion

En conclusion mon vœu de silence est une action à la fois poétique et politique, dans une perspective situationiste et cosmiste, par laquelle j’opère un positionnement personnel qui affirme une volonté de quitter le verbo-centrisme et les effets néfastes de pouvoir qu’il véhicule. Je ne désire pas l’extinction de la langue, qui est une belle invention, mais une reprise en main pharmakologique de ses aspects thérapeutiques et un contrôle des ses effets aliénants.

Ce vœu active un nettoyage des bavardages inutiles par lesquels je passe à côté de moi même. Par là je priorise l’agir sur le dire, le montrer sur le parler. Par ce geste je performe ma volonté de me centrer sur ce qui est essentiel pour moi, je cherche une forme de justesse éthique et pour cela j’applique un régime mutique dans l’espace légitime de ma liberté, sans ignorer les réactions des autres, en m’y rendant sensible et en m’y ajustant.

J’essaie de lutter en situationniste contre les vecteurs de normes inégalitaires comme le sexisme, le machisme, le racisme ou le spécisme, je m’aperçois que les conversations de la vie quotidienne sont des micro-performances par lesquelles les individus alimentent un imaginaire collectif le plus souvent réducteur et aliénant. Ma réponse à ces jeux de pouvoir est un « jeu » par lequel j’exprime en quelque sorte un « no more bullshit ». En pratiquant ce vœu de silence j’espère à la fois provoquer positivement et constructivement mon entourage, mais aussi m’intensifier spirituellement, m’approcher d’une majorité linguistique par laquelle je m’approprierais mon langage d’une façon émancipée et émancipatrice.

Simon Arthaud

dimanche 6 octobre 2019

Lausanne

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